Marianne Vandaele, joueuse internationale et porte-voix du padel féminin
De la pro internationale aux initiations en club, Marianne Vandaele raconte sa carrière et son envie de transmettre le padel aux femmes.
On continue notre tour des joueuses Françaises qui font bouger le padel féminin. Cette fois, c’est Marianne Vandaele qui nous a accordé un échange en visio. Joueuse professionnelle (300e mondiale, assimilée 30 en France), mais aussi l’une des femmes qui se démènent le plus pour amener d’autres femmes sur les pistes.
Souriante et douce… sauf quand elle smashe ! Dès les premiers échanges, sa détermination s’impose, portée par un plaisir évident de transmettre.
Des extraits vidéo de l’échange ponctuent cet article. Voici l’essentiel — avec ses phrases à elle.
Du tennis au padel : grandir au rythme de l’essor du jeu
Vingt ans de tennis, et puis l’usure. « J’avais fait le tour », résume Marianne. Surtout, une lassitude très précise : la solitude. Partir en tournoi seule, jouer seule, rentrer seule — « que ce soit une défaite, une victoire, d’être toute seule ». Et des tournois devenus froids : « le match était fait, il n’y avait même pas un échange après, tout le monde rentrait chez soi. »
Le padel, découvert en 2015, a changé la donne. Marianne a littéralement grandi au rythme de l’essor de la discipline en France, essuyant les plâtres d’un sport alors confidentiel où tout restait à faire : « À cette époque-là, il n’y avait pas tout ce qu’il y a aujourd’hui, donc on essayait de trouver déjà quelques joueuses, et des tournois », se souvient-elle.
Il lui a fallu un peu plus d’un an pour lâcher le tennis, puis l’engrenage : « petit à petit, ça a pris de plus en plus de temps et de place dans ma vie ». Au début, elle s’entraînait à peine une fois par semaine mais courait toutes les compétitions possibles. Aujourd’hui, c’est devenu son métier, sa vie. En épousant parfaitement la courbe de croissance de ce sport en plein boom, elle est passée des pionnières de la première heure à l’élite internationale.
Et surtout, ce qu’elle était venue chercher dans le padel, elle l’a trouvé : ne plus jamais jouer seule.
Le grand saut espagnol : « pour apprendre, il faut déconstruire »
Quand on demande à Marianne quel est le titre ou le moment de sa carrière dont elle est la plus fière, elle ne cite pas une médaille. Sa plus grande victoire est un choix de vie, celui d’avoir osé l’expatriation en Espagne pour aller chercher le cœur de ce sport :
« Je pense que c’est le fait d’être partie en Espagne et d’avoir mis tout ce que je pouvais mettre pour vivre l’expérience à fond. »
Ce choix a exigé un investissement total et parfois sacrificiel : sur le plan financier, mais aussi sur l’énergie, la préparation physique, la nutrition et la préparation mentale. Une vie d’ascète où l’on fait une croix sur les fêtes, les amis et la famille pour construire sa performance. À l’international, tout est aspiré par l’entraînement : « tout tourne autour de l’entraînement », le reste de la journée — prépa mentale, physique — gravite autour.
Le choc, là-bas, a été technique. En France, on attaque ; dans les académies espagnoles, tout est tourné vers la défense. « Il n’y a pas que l’attaque dans la vie, il faut aussi rester au fond, jouer avec les vitres », sourit-elle.
Sa grande leçon tient en une formule qu’on garde : « Pour apprendre, il faut déconstruire (…) accepter d’être moyen ou mauvais pour apprendre cette nouvelle information. » Et d’avouer le vertige du processus : « Je me disais : c’est pas possible, je sais plus jouer. » Ça a duré des semaines, des mois. Puis enfin, le déclic.
Son engagement pour le padel féminin
Elle refuse de l’appeler un « combat ». Plutôt une « envie », née d’une incompréhension : « il y a un potentiel énorme pour les femmes dans le padel, c’est tellement accessible ». Le vrai déclencheur ? « Le jour où j’ai vu ma mère jouer. » Une femme avec un petit passé au tennis, et qui enchaîne les échanges immédiatement. Idem lors de ses premières animations en club : des femmes sans aucun passé sportif qui jouent tout de suite. « Et là, ça a fait un boom. » L’idée ne l’a plus lâchée.
Pourquoi si peu de femmes sur les terrains
Son constat est d’abord géographique, et sans détour : « plus on monte vers le Nord, et moins il y en a ». Dans le Sud, les tournois féminins se remplissent ; ailleurs, c’est la galère. Le reste, c’est l’audace qui manque : « quand c’est nouveau, elles n’osent pas franchir ce pas ».
Sa réponse : l’accompagnement
Dernièrement, lors d’une manifestation à Lille sur 3 jours, elle a fait découvrir le padel à plus de 40 femmes qui n’avaient jamais joué : les règles, le comptage des points, de quoi jouer ensuite en totale autonomie. Puis elle a enchaîné sur des matchs amicaux et de petits tournois P25-P50 pour celles qui maîtrisaient déjà un peu la pratique.
Car les femmes ont besoin d’un cadre bienveillant, là où « eux (les hommes) prennent un terrain entre eux, ils se posent moins de questions ». Les clubs ont clairement leur part du boulot à faire : un complexe trop exclusivement « masculin », ça freine ; un environnement accueillant et sécurisant, ça donne envie de revenir.
Et le fameux complexe de la débutante, la peur du regard ? Elle le désamorce simplement en parlant, en sortant les femmes du cercle viscieux « j’y arrive pas, je suis nulle ». « C’est le point clé. À partir du moment où ça switche, je vois plus trop le souci. ». On confirme à 100 % pour l’avoir vécu.
Comment faire bouger les lignes ?
Concrètement, qu’est-ce qu’on peut faire à notre niveau, nous, joueuses de padel amateur ? Marianne a un argument massue pour nous aider à convaincre un club récalcitrant : une initiation féminine, ce n’est pas une faveur qu’on quémande, c’est un investissement rentable. « Les femmes, elles vont revenir (...) et les femmes amènent des femmes. » Un créneau bloqué pour une initiation aujourd’hui, ce sont des licences et des terrains loués demain. Voilà clairement comment faire bouger les lignes du padel féminin. Avis aux clubs…
« Pas d’âge ! Tente, ose ! »
On lui a demandé son message à la femme qui n’ose pas franchir le pas, qui se trouve trop vieille ou pas assez sportive. La réponse a fusé instantanément : « Pas d’âge ! Tente, ose ! » Le calcul est imparable : « au pire, tu perds une heure de ton temps. Au mieux… tellement de choses ! » Un sport, une dépense physique, des liens. « La magie du padel, c’est que les gens viennent de n’importe où, n’importe quel milieu, des gens qu’on n’aurait jamais croisés. »
On le sent dans sa voix et son regard : ce qui nourrit Marianne au quotidien, c’est la transmission. « J’ai appris tellement de choses, j’ai pas envie de le garder pour moi. » Son rôle de modèle, elle le porte avec beaucoup de modestie : « Je suis honorée », souffle-t-elle, avant de recadrer l’essentiel. Peu importe le niveau ou la compétition, le but est « juste qu’elles aient envie de jouer, en famille, avec le mari, les enfants ».
Sa seule petite frustration ? Rarement revoir ces femmes rencontrées pendant ses animations. Alors si vous la croisez en stage, faites-lui plaisir : envoyez-lui un petit message le jour où vous vous lancez dans votre premier P25. C’est exactement pour ce genre de victoires qu’elle s’investit autant.
Son rêve pour demain
Son rêve pour le padel féminin français dans cinq ans ? Un grand éclat de rire, puis : « Une égalité parfaite ! » (quand on sait que nous sommes actuellement sous la barre des 20 % de pratiquantes). Le chemin est encore long, mais sa détermination est intacte.
Et pour sa propre carrière ? Rien de chiffré, aucune course aux points : « Juste garder le plaisir du jeu. Toujours m’éclater sur le terrain. »
Tout est dit, et c’est tout ce qu’on peut lui souhaiter. Un grand merci, Marianne.
En Off : sa complicité avec Amélie Detrivière — Marianne garde un souvenir lumineux de leurs tournois partagés : « c’était trop chouette de faire les tournois avec elle (…) elle veut aussi prendre plaisir et elle est aussi dans la bagarre une fois dans le match, mais dans le bon sens de la bagarre ». Le respect des championnes.
Pour suivre Marianne Vandaele — ses aventures, ses conseils et ses prochains événements, rendez-vous sur son compte Instagram : @marianne.vandaele
Vous voulez vous lancer ? A lire absolument : Débuter le padel à 50 ans & Combien ça coute de jouer au padel.
Source : Interview exclusive en visio de Marianne Vandaele pour Padelles.fr.




