Une joueuse sur deux se blesse au padel. Et après 40 ans, le risque est multiplié par 4.
Les quatre blessures fréquentes, pourquoi les femmes sont plus exposées, et ce qu'on fait vraiment.
Une étude française publiée dans le Journal de Traumatologie du Sport en 2024, menée sur 645 joueuses et joueurs avec la FFT, a établi une chose qu’on n’a pas vraiment envie de lire : après 40 ans, le risque de se blesser au padel est 4 fois plus élevé qu’avant 40 ans.
Quatre fois.
Pas parce qu’on est mauvaises. Pas parce qu’on joue mal. Parce que le corps réagit différemment aux efforts répétés, aux changements de direction explosifs, aux appuis sur surface synthétique. Et le padel n’est pas ce qu’on pourrait appeler un sport doux. Dans cette même étude, 52% des joueuses et joueurs déclarent avoir eu au moins une blessure dans les 12 derniers mois.
La bonne nouvelle : la grande majorité de ces blessures sont évitables. Encore faut-il savoir reconnaître les premiers symptômes et ce qu’on risque.
Le coude — l’épicondylite, ou “padel elbow”
C’est la blessure la plus connue et la plus fréquente, responsable de 18,5% des blessures au padel selon l’étude française. On l’appelle “tennis elbow” mais elle devrait maintenant s’appeler “padel elbow” tant elle est répandue dans ce sport.
Ce qui se passe : les tendons à l’extérieur du coude s’enflamment à force de frappes répétées, surtout si la technique de revers charge trop le poignet plutôt que le bras entier. Le signe qui ne trompe pas — une douleur précise sur la face externe du coude, qui s’accentue quand vous serrez quelque chose.
Deux facteurs aggravants souvent ignorés : une raquette trop lourde ou trop dure, et un grip trop fin qui force à serrer plus fort. (Privilégiez fibre de verre, équilibre centré, poids entre 345 et 365 grammes maximum pour une femme).
Le mollet et le tendon d’Achille
C’est la zone la plus touchée dans l’étude — 18,8% des blessures. Et c’est celle qui surprend le plus, parce qu’on ne s’y attend pas.
Le padel multiplie les démarrages explosifs, les frappes en extension arrière vers les vitres. Le mollet encaisse. Le tendon d’Achille, lui, peut passer de la simple tendinite à la rupture — brutale, douloureuse, parfois audible, clac ! L’IRBMS (Institut de Recherche du Bien-être, de la Médecine et du Sport Santé) le confirme : le tendon d’Achille est l’une des structures les plus exposées au padel.
Le signal d’alarme : une douleur au talon qui traîne plusieurs jours. Ce n’est pas “de la fatigue” — c’est votre tendon qui vous parle. Et là, on ne rit plus, parce qu’une rupture du tendon, c’est 6 mois de convalescence.
Le genou — particulièrement chez les femmes
L’IRBMS le formule clairement : les genoux sont “hyper sollicités” au padel, “et on connaît les facteurs de risques, surtout chez la femme.”
Pourquoi encore nous, les femmes, plus particulièrement ? La morphologie du bassin — plus large — crée un angle différent entre la hanche et le genou, ce qui génère davantage de contraintes sur les ligaments et les ménisques lors des pivots et des changements de direction rapides. C’est anatomique, et en aucun cas une question de niveau, rassurez-vous.
Les blessures les plus fréquentes : entorses du genou, lésions méniscales, douleurs sous-rotuliennes. À surveiller de près si vous avez déjà eu des antécédents aux genoux.
Le bas du dos
Troisième zone de douleur la plus fréquente dans l’étude. Les rotations du tronc répétées — inhérentes au jeu sur les vitres — sollicitent fortement la région lombaire, surtout si le gainage abdominal n’est pas votre activité favorite.
Le padel ne crée pas les douleurs de dos — il révèle celles qui couvaient déjà. Si vous avez le dos qui tire après chaque session, c’est le signal de renforcer les abdominaux et les muscles du dos en dehors du court.
Ce qu’on fait concrètement
Trois choses simples à faire systématiquement :
1- L’échauffement — vraiment. Pas deux balles échangées à mi-force et on attaque le match. L’IRBMS recommande d’arriver 20 minutes avant pour s’échauffer correctement. Rotations de chevilles, genoux, hanches, épaules. Cinq minutes de cardio léger. C’est ennuyeux, oui. C’est indispensable.
2- Le renforcement musculaire — l’investissement invisible
Les quadriceps et ischio-jambiers — pour protéger les genoux. Squats, fentes, montées de marches. Dix minutes trois fois par semaine changent vraiment la donne.
Les mollets — pour protéger le tendon d’Achille. Les montées sur la pointe des pieds, lentes et contrôlées, sont l’exercice le plus simple et le plus efficace.
Le gainage abdominal et lombaire — pour protéger le dos. Pas des abdos classiques — du gainage. La planche, trente secondes, deux séries. Votre dos vous remerciera dès la troisième session de padel.
Les avant-bras — pour protéger le coude. Quelques exercices avec un élastique de résistance avant de jouer suffisent à réduire significativement le risque de padel elbow.
Et pas d’excuses : Pas besoin d’aller à la salle de sport. Juste de la régularité.
3- L’écoute du corps. Une douleur qui revient au même endroit trois sessions de suite n’est pas “normale”. Et ce n’est pas une fatalité de l’âge ou du genre. C’est un signal et on l’écoute pour ne pas rester à pleurer pendant 3 mois sur le banc.
D’abord, on se laisse quelques jours de repos — on ne rejoue pas avec une douleur persistante. Un kiné du sport ou un ostéopathe — pas votre médecin généraliste — saura faire la différence entre une tendinite qui se gère et quelque chose qui nécessite plus de repos.
Le padel après 40 ans, c’est l’un des meilleurs sports qu’on puisse pratiquer — je le dis et je le pense. Mais il mérite qu’on le prenne au sérieux. Pas pour se faire peur. Pour jouer longtemps en pleine forme.
⚠️ Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de douleur persistante, consultez un professionnel de santé.
📚 Sources : Lecler A. et al. — Journal de Traumatologie du Sport, Elsevier, 2024 · IRBMS — “Le padel et ses dangers médicaux” · Padel Magazine — “Padel : un sport passionnant, mais pas sans risques”, 2025 · Ameli.fr — “Épicondylite : définition, symptômes et facteurs de risque”




