Julia de Funès critique le padel — on lui répond
Dans L'Express, la philosophe a qualifié le padel de "triomphe de la facilité", "une sorte de théâtre du sport ". Elle a ciblé les hommes. Et elle a oublié les femmes. Erreur de débutante.
Cette semaine, on a reçu un cadeau — un vrai cadeau. C’est Julia de Funès qui nous l’a offert, sans le savoir, dans sa tribune intitulée “Derrière le succès du padel, le triomphe de la facilité”.
Depuis sa publication, les vestiaires s’enflamment. Les commentaires fusent. Parce que cette attaque touche tous les passionnés, il fallait qu’on réponde. Alors, soyons cash, nous aussi.
Ce qu’elle dit — les citations qui fâchent
Reconnaissons-le avant de démonter son argumentaire : Julia de Funès vise juste — sur certains points. Mais elle regarde notre sport par le petit bout de sa lorgnette philosophique. Voici ses arguments majeurs :
Sur les joueurs : « Dans ces enclos modernes, ce sont principalement des hommes actifs, de plus de 40 ans, souvent cadres, en quête de mouvement, et peut-être de démonstration, qui s’y débattent. »
Sur l’époque : Le padel reflèterait une société « qui rêve d’atteindre sans apprendre et de réussir sans souffrir, persévérer ou rater. »
Sur la comparaison avec le tennis : Là où le tennis ou le golf « humilient pendant des mois avant de nous accorder le plaisir d’une sensation », le padel permet de s’amuser en cinq minutes. Une illusion de sport. « Une sorte de théâtre du sport ».
Sa punchline favorite : « Le développement personnel est à la philosophie ce que le padel est au tennis. »
Bien. On a tout noté. On répond maintenant.
Un contresens total sur la santé et la société actuelle
Le premier problème de cette tribune, c’est sa déconnexion totale avec les urgences de notre époque.
En France, la sédentarité, l’obésité, la dépression et l’isolement social alimentés par les écrans sont devenus de véritables fléaux de santé publique. Des millions de personnes passent leurs journées assises, coupées du monde réel, les yeux rivés sur leur écran.
Dans ce contexte, critiquer un sport parce qu’il est ludique et addictif — ça n’a aucun sens commun. Le padel réussit là où les campagnes de santé publique échouent depuis 30 ans : il donne envie aux gens de bouger, de transpirer et de lâcher les écrans. Il recrée du lien social direct, de la mixité, de la proximité. La vraie vie.
Reprocher à une discipline d’offrir du plaisir immédiat tout en combattant l’immobilisme de notre société — c’est de l’intellectualisme hors-sol.
Sur la “facilité” — arrêtons le mépris
“Facile à apprendre” ne veut pas dire “facile à maîtriser”. C’est la confusion fondamentale de toute sa chronique.
Le tennis est difficile à apprendre ET difficile à maîtriser. Le padel est facile à apprendre MAIS difficile à maîtriser. Ce n’est pas la même chose. Madame, ce n’est pas du tout la même chose.
Certes, on peut faire trois échanges dès la première heure. Mais entre un niveau 4 et un niveau 6, il y a un gouffre — on vient d’ailleurs de lui consacrer un article entier.
La condition physique, la lecture tactique, la gestion des vitres, la communication, le mental — rien de tout ça n’est “immédiat”. Rien de tout ça ne se fait sans effort.
Le padel n’est ni facile, ni inné. Comme tous les sports, il demande apprentissage, pratique et rigueur dès lors qu’on atteint un certain niveau.
Ce que Julia de Funès qualifie de “facilité”, c’est simplement de l’accessibilité. Et l’accessibilité n’est pas un défaut. C’est même une vertu immense. Celle qui rend le sport possible pour le plus grand nombre d’entre nous : les quadragénaires, les anciens tennismen blessés, les seniors, et les femmes qui n’avaient jamais trouvé leur discipline. Ce sont 850 000 pratiquants rhabillés pour l’hiver.
Quant au fait que le padel soit un tennis « pour les nuls » comme sous-entendu, rappelons simplement à Madame qu’environ 50 % des joueurs de padel viennent du tennis, et que de nombreux passionnés pratiquent les deux simultanément.
La grande oubliée — les femmes
Là où sa thèse se plante encore, c’est qu’elle a totalement oublié les femmes. Elle a bâti toute son argumentation sur le profil de l’homme cadre actif en quête de démonstration sociale, de puissance et de virilité.
Au passage, ils en prennent méchamment pour leur grade ces « gladiateurs heureux d’avoir retrouvé, le temps d’un échange, une puissance qui leur manquait ». C’est violent. On comprend que l’article fasse polémique, et c’est aussi pour nos partenaires masculins qu’on se doit de répliquer.
Mais ce qui nous chatouille un peu aussi, c’est que d’un coup de plume, elle a zappé la gent féminine. Totalement. Elle efface les 100 000+ de femmes qui jouent, qui transpirent et qui apprennent chaque semaine en France.
Elles ne jouent pas non plus pour “se donner en spectacle”. Pour beaucoup, c’est le premier sport collectif de leur vie. Elles trouvent dans le padel une discipline qu’elles peuvent pratiquer avec leur physique de quadragénaires sans finir aux urgences — et qui les fait rire, progresser et revenir.
Julia de Funès parle de “refus de l’effort” ? Qu’elle vienne expliquer ça à une joueuse de niveau 5 qui travaille sa vibora depuis six mois sans y arriver. Qu’elle défende une double vitre au tie-break contre une paire bien hargneuse. Et qu’elle nous dise ensuite si la gratification était immédiate.
(On lui prête même une raquette. On est comme ça chez Padelles).
Le snobisme de la souffrance
Enfin, sa comparaison avec le développement personnel révèle un vieux réflexe bien français. Pour qu’une discipline ait de la valeur, il faudrait qu’elle passe obligatoirement par la souffrance, l’élitisme et l’exclusion.
La philosophie qui se pense supérieure au développement personnel. Le tennis qui se pense au-dessus du padel. C’est le même mécanisme. Le même snobisme. Et la même erreur. Un peu puant.
Le padel explose parce qu’il tient ses promesses : on joue, on se divertit, on progresse, on revient. Dans un pays où la majorité de la population manque d’activité physique, un sport qui crée cette addiction vertueuse mérite autre chose qu’une chronique assassine.
La prochaine fois que Julia de Funès veut analyser le padel, on l’invite sur le court. Niveau adapté. On lui prête une raquette. Et on en reparle après le match, dans le monde réel — pas depuis un bureau parisien.
📌 Réaction à : “Derrière le succès du padel, le triomphe de la facilité”, Julia de Funès, L’Express, 11 mai 2026.
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